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Site officiel du Gouvernement du Rwanda

BIOSÛRETÉ ET BIOSÉCURITÉ EN AFRIQUE

Les maladies infectieuses émergentes et réémergentes continuent de constituer une menace importante pour la santé publique, la stabilité économique et le développement durable en frique subsaharienne. Bien que ces épidémies soient souvent d’origine zoonotique, leurs conséquences dépassent largement le cadre de la santé humaine, perturbant les systèmes agricoles, les moyens desubsistance et la stabilité régionale. Au cours des deux dernières décennies, la région a connu une forte augmentation des urgences desanté publique, principalement dues à des agents infectieux qui exploitent les vulnérabilités existantes. Selon l’Organisation Mondiale de
la Santé, les épidémies de maladies zoonotiques en Afrique subsaharienne ont augmenté de 63% entre 2012 et 2022 par rapport à ladécennie précédente (OMS, 2022). De plus, environ 30% desurgences de santé publique en Afrique sont liées aux événementszoonotiques, avec une forte augmentation entre 2019 et 2020, période durant laquelle les agents pathogènes zoonotiques ont été responsables de plus de la moitié des urgences signalées (OMS, 2021).

Cette tendance inquiétante est façonnée par des facteurs structurels interdépendants, tels que l’urbanisation rapide, l’intensification des contacts entre l’homme et la faune sauvage, la dégradation des écosystèmes et les modifications de l’écologie des pathogènes liées au climat (Grace et al., 2017). Les vulnérabilités socio-économiques, comme la malnutrition, la couverture vaccinale insuffisante et l’accès limité aux soins de santé, amplifient encore les risques de maladies (CCM Afrique, 2023). L’ensemble de ces dynamiques souligne l’exposition accrue de la région aux menaces biologiques, tant naturelles qu’anthropiques.

Biosûreté, biosécurité et importance croissante de la gouvernance des risques biologiques en Afrique subsaharienne

Dans ce contexte, la biosûreté et la biosécurité et sont devenues des composantes essentielles de la sécurité sanitaire régionale et mondiale. La biosûreté vise à prévenir toute exposition accidentelle à des agents biologiques ou leur dissémination grâce à des pratiques de laboratoire sûres et des systèmes de confinement (OMS, 2020). La biosécurité, quant à elle, a pour objectif de prévenir tout accès non autorisé, toute utilisation abusive, tout vol ou toute diffusion délibérée de matériel, d’équipements et de savoir-faire biologiques (ONUDA, 2020). Alors que les pays d’Afrique subsaharienne continuent de développer leurs capacités de recherche, de diagnostic et de biotechnologie, l’absence de cadres de gouvernance robustes accroît le risque d’accidents de laboratoire, de détournement de la recherche à double usage et d’exploitation par des acteurs non étatiques (Koblentz, 2021).

La fréquence croissante des incidents biologiques, conjuguée aux progrès technologiques rapides en génie génétique, à l’expansion des réseaux de laboratoires et à l’évolution des menaces à la sécurité, impose une harmonisation avec les normes internationales de biosûreté et de iosécurité. Des instruments internationaux tels que la Convention sur les armes biologiques (CAB), le  èglement sanitaire international (RSI 2005), le Programme mondial pour la sécurité sanitaire (PMSS) et la résolution 1540 du Conseil de sécurité des Nations Unies (RCSNU 1540) définissent des obligations et des cadres essentiels pour orienter les systèmes nationaux (CSNU, 2004 ; OMS, 2005 ; PMSS, 2014). Toutefois, leur mise en œuvre concrète en Afrique subsaharienne demeure inégale en raison de difficultés systémiques et de la grande disparité des capacités nationales.

Réalités opérationnelles et lacunes en matière de capacités dans la region

De nombreux pays d’Afrique subsaharienne font face à un sous-investissement chronique dans leurs systèmes de santé publique, de structures de gouvernance fragmentées, d’infrastructures de laboratoire limitées, d’une application insuffisante de la réglementation et d’une insuffisance de responsables de la biosécurité et de personnel formé en gestion des risques biologiques (Ntoumi et Zumla, 2021). Ces lacunes ont été mises en évidence à maintes reprises lors des épidémies inquiétantes. L’épidémie d’Ebola de 2014-2016 en Afrique de l’Ouest a démontré les conséquences de systèmes de surveillance inadéquats, de l’absence de centres opérationnels d’urgence fonctionnels et d’une faible coordination transfrontalière, malgré le statut des États parties du Règlement Sanitaire International (RSI) des pays touchés (Moon et al., 2015). Le COVID-19 a par ailleurs révélé des déficits dans la gouvernance de la biosécurité en laboratoire, notamment une capacité de séquençage génomique insuffisante, des contrôles insuffisants sur les transferts de matériels et une supervision limitée de la recherche à double usage (Nkengasong et Tessema, 2020). Les épidémies de variole depuis 2022 ont souligné l’absence de directives nationales de diagnostic et l’incohérence des pratiques de biosécurité pour la manipulation des orthopoxvirus (OMS, 2023). Les épidémies récurrentes de choléra continuent de souligner les défaillances en matière de biosécurité environnementale, de systèmes EAH (Eau, Assainissement et Hygiène) et de communication des risques (UNICEF, 2022), tandis que les récentes épidémies du virus de Marburg au Ghana, en Tanzanie, en RDC et en Guinée Équatoriale ont mis en évidence des lacunes persistantes dans le transport des échantillons, la planification de la préparation et la mise en œuvre des normes minimales de biosécurité (OMS, 2023).

Collectivement, ces événements révèlent un décalage persistant entre les cadres politiques et la capacité opérationnelle. Bien que de nombreux pays d’Afrique Subsaharienne aient élaboré des lignes directrices nationales en matière de biosécurité ou une législation relative à la Convention sur les Armes Biologiques (CAB), rares sont ceux qui les ont pleinement mises en œuvre ou actualisées, et plusieurs ne disposent pas d’autorités nationales fonctionnelles chargées du contrôle de la biosûreté et de la biosécurité (ONUDA, 2022). Le nombre de soumissions de mesures de confiance (MC) au titre de la CAB demeure faible, ce qui témoigne de la fragilité institutionnelle et des lacunes en matière de capacités techniques (CAB ISU, 2023). Des disparités régionales persistent également : des pays comme l’Afrique du Sud, le Kenya, l’Ouganda et le Nigéria ont réalisé des progrès importants dans la mise en place des systèmes de réglementation des laboratoires et des unités de veille épidémiologique, tandis que d’autres ne disposent pas d’une législation de base en matière de biosécurité ni de structures de coordination nationale cohérentes (CCM Afrique, 2023).

Les institutions régionales jouent un rôle croissant dans la réduction de ces lacunes. Le CCM Afrique coordonne les programmes continentaux de biosûreté et de biosécurité, notamment l’Initiative pour la biosûreté et la biosécurité et l’appui aux États membres dans l’élaboration des cadres nationaux de gestion des risques biologiques et la mise en œuvre de l’évaluation conjointe des risques (CCM Afrique, 2022). Les organismes sous-régionaux, tels que la CEDEAO et la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE), renforcent également la surveillance transfrontalière, les réseaux de laboratoires et les mécanismes d’intervention d’urgence, favorisant ainsi l’harmonisation et le renforcement des capacités entre les États membres (CEDEAO-OOAS, 2021).

Compte tenu de la fréquence élevée des épidémies de maladies infectieuses dans la région et de son implication croissante dans les biotechnologies, une évaluation complète des systèmes de biosûreté et de biosécurité est urgente. Comprendre les capacités actuelles, identifier les lacunes politiques et institutionnelles et cartographier les vulnérabilités persistantes contribuera aux efforts visant à renforcer la préparation et la réponse aux menaces biologiques émergentes. Par conséquent, cette analyse narrative vise à :
1.Examiner les discours et les cadres mondiaux qui guident la biosûreté et la biosécurité, notamment la CAB, les RIS, la GHSA et la resolution 1540 du Conseil de Sécurité des Nations Unies ;
2.Évaluer les architectures politiques et institutionnelles régissant les pratiques de biosûreté et de biosécurité en Afrique Subsaharienne ; et 
3.Identifier les lacunes persistantes en matière de capacités, les défis et les vulnérabilités régionales qui façonnent la préparation aux menaces
biologiques émergentes.